ROMAN AU MIROIR (SISYPHE À MA TABLE)

C'est en 2014, à Lodz, que j'ai vu pour la première fois le Détail 1 d'Opalka. Je l'ai contemplé plusieurs heures, au fil des jours, afin qu'il reste ancré au plus profond de moi. Et puis, pris par l'appréhension de ne plus jamais le voir, j'en ai photographié des détails.
Détails de Détail si je puis dire. Protégée par une vitre, la toile m'a invité sur la photo. Si bien que je repartais de Pologne avec un autoportrait malgré moi. C'est peut-être un hasard heureux, me dis-je.

Il y a quelque chose de Sisyphéen, c'est l'évidence, dans la façon qu'a Roman Opalka de peindre cette succession infinie de chiffres, au fil de sa vie. Et il ne s'agit pas tant d'un Sisyphe suppliciel, mais plus du Sispyhe d'Albert Camus :

"La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un coeur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux."

Face à mon autoportrait, questionnant le bonheur, mais aussi la douleur, la peine, la solitude, j'ai écrit le fait de dire ce que je vois. Faire partition d'un regard porté sur moi-même, gravissant la montagne infinie que semble être la vie, parfois, et qui nous ramène si souvent à l'impression de devoir recommencer, réagir, repartir, revenir au 1.